Réécrire l’Histoire : le principe de l’uchronie

6 mai 2021 | Histoire & Culture

L’uchronie : une façon de réécrire et repenser l’Histoire

 

 

L’uchronie un genre assez méconnu et plutôt mal compris. En fonction des sensibilités des lecteurs et des auteurs, ce qui se cache derrière l’uchronie peut prendre des formes bien distinctes. Pour les passionnés d’Histoire, c’est un formidable moyen de la repenser, d’interroger les facteurs déterminants des évolutions sociales, politiques et économiques. Ce n’est alors pas rare de lire dans certaines revues spécialisées que « l’uchronie n’est pas de la science-fiction » car c’est « une discipline sérieuse ».

Pour les plus imaginatifs, l’uchronie peut être un prétexte pour inventer un monde alternatif au nôtre sur une base commune, qu’importe, au fond, la rigueur de l’approche historique.

À titre personnel, j’y voue une fascination presque mathématique et en aime l’approche expérimentale : le cours des éléments tient à si peu de choses, alors on regarde ce qui change quand on modifie une variable. On peut recommencer, encore et encore, parfois avec la même variable, et à chaque fois, on redécouvre un nouveau résultat. L’uchronie devient alors un générateur d’univers infinis, basés sur notre propre Histoire. Splendide, non ?

 

Et la Loutre de Béryl alors ? Quelle est son approche de l’uchronie vis-à-vis de l’Histoire ?

Sortons des considérations personnelles pour reprendre avant tout la définition.

L’uchronie est une ramification de la science-fiction dont le but est de créer et de développer un monde alternatif à partir d’une base historique que l’on vient modifier. En effet, c’est en changeant un ou plusieurs éléments historiques, appelés points de divergence, que l’Histoire se réécrit.

L’Histoire a ceci de passionnant que bien souvent, le cours des choses ne tient vraiment pas à grand-chose. C’est pour cela que l’uchronie est un concept si intéressant. Elle permet de repenser le monde actuel au regard de l’importance de l’évènement divergent.

Quelques exemples de points de divergence :

Jules César meurt d’une crise cardiaque au début du siège d’Alésia.

La France gagne la bataille d’Azincourt.

Une perturbation océanique, le long de la dorsale atlantique, retarde la découverte du continent américain de cinq cents ans.

Napoléon conquiert la Russie.

La crise des missiles de Cuba entraîne un échange de tirs nucléaires entre l’URSS et les États-Unis.

Le premier Homme à poser le pied sur la Lune est une astronaute afroaméricaine.

 

Le parti pris de la Loutre de Béryl se situe dans un entre-deux, à mi-chemin entre un rigorisme historique et une créativité débridée.

Pour sa collection Émeraude, la Loutre de Béryl attend de l’uchronie qu’elle prête à la réflexion. En effet, le choix de l’uchronie n’est pas neutre. Si l’on choisit de partir d’un point précis de l’Histoire pour la réécrire, ce n’est pas par facilité, au contraire.

Il peut aussi bien s’agir d’une réflexion historique que d’une réflexion sociale dont l’objet de la démonstration n’est pas rigoureusement historique.

En réalité, le traitement post-divergence peut, à notre sens, être très libre et très ancré dans un des registres de l’Imaginaire. L’important est d’assurer une cohérence scénaristique durable au cours du récit. Nous prêterons néanmoins attention à ce que cela ne soit pas complètement fantasque vis-à-vis de la construction historique de l’uchronie.

 

En attendant les ouvrages de la Loutre de Béryl, comment découvrir l’uchronie ?

Cela a été annoncé avec l’ouverture des soumissions de manuscrits pour la collection Émeraude, l’uchronie sera privilégiée pour la deuxième parution de la collection dédiée à la rencontre de l’Histoire et des littératures de l’Imaginaire. Si tout se passe comme souhaité, la Loutre de Béryl publiera une uchronie, documentée au regard de l’Histoire, vers la fin de l’année 2021 ou le début de l’année 2022.

Si vous souhaitez découvrir le genre en attendant, vous pouvez, par exemple, vous reporter sur l’ensemble – ou presque – du genre steampunk. Eh oui ! Tout le genre repose sur une uchronie avec, comme point de divergence, un développement bien plus poussé de la première révolution industrielle. De cette explosion technologique découlent ces univers que nous connaissons bien, emplis de vapeur, d’huiles et de cuivre.

 

Un conseil de lecture ?

Si je devais vous conseiller un ouvrage en particulier, ce serait (V)Empire de Sébastien Danielo, publié aux éditions Onyx.

Voici le point de divergence : la Révolution française a permis de mettre un terme à la suprématie des vampires sur la société de libérer les hommes de la menace. Les acquis de la période révolutionnaire ont été bien mieux valorisés : la femme a par exemple une bien meilleure place au sein de la société française, le calendrier révolutionnaire est conservé, etc. De plus, ce qui a constitué dans notre Histoire des balbutiements technologiques sont, dans le roman, repris comme acquis maîtrisés. Ainsi, les fardiers, technologie de véhicule autotracté, abandonnés par défaut de freinage fiable, sont développés et viabilisés. La période connaît donc une utilisation de la vapeur plus poussée, plongeant le récit en plein dans un univers steampunk.

C’est donc une uchronie basée sur un fait fantastique : les aristocrates étaient des vampires exploitant les humains. Le développement est également de l’ordre du fantastique car de nombreuses divergences sont créées par un élément non réel. Pourtant, la démarche reste intéressante. L’Histoire n’est d’ailleurs pas en reste, elle constitue un cadre construit et cohérent, notamment en ce qui concerne l’aspect technologique et social.

La belle surprise de l’ouvrage est d’ailleurs la courte annexe faisant le pont entre l’Histoire et l’uchronie.

L. S.

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Lire l’interview de Christophe Dargère

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